Blog 4 L’année 2014 au village et la politique en avril 2015

2PuitsCompte-rendu annuel 2014

Introduction
Vous pouvez lire dans ce compte-rendu des informations sur la situation villageoise et sur le terrain communal Suudu Peeral ‘Lieu de rencontres’. Puis vous trouverez un paragraphe sur la communication avec les animateurs et l’insécurité en brousse. Je présente en dernier le contexte politique malien. L’association créée en 2005 a financé des investissements qui atteignent € 75000.00 début 2015. Nous remercions les donateurs privés et les sponsors, en particulier la fondation Rutgers d’Amsterdam, la Kermesse Francophone, le fonds de solidarité d’Amsterdam et l’Alliance Française de Nimègue.

Situation en 2014
Je suis restée 4 semaines en février 2014.(Détails dans la lettre-circulaire, le blog et les photos sur le site). Lors de la réunion avec les chefs coutumiers et les autorités à Suudu peeral, mon message était clair: ‘Vous nous avez demandé des infrastructures socio-culturelles: elles sont réalisées. C’est à vous désormais de gérer ce terrain et de l’entretenir. L’association ne fera plus d’investissements mais continuera de soutenir les activités socio-éducatives’. Les représentants de Lekel, notre partenaire, coopérative agro-pastorale, ont créé un comité de gestion du terrain qui contrôle et surveille. Ce comité semble bien fonctionner. Le processus de désengagement est en bonne voie: prise de responsabilités du comité et des deux animateurs.
Chaque mois, 1000 enfants participent aux activités socio-éducatives organisées par les animateurs Gueladio Diallo et Moctar Guindo. Les adultes vont reprendre les cours d’alphabétisation pendant la saison chaude (mai, juin) . Les formations des matrones (sage-femems locales’ de la région et les réunions pour les micro-crédits sont aussi programmées. L’école reçoit chaque année un soutien au niveau du matériel scolaire. Les villageois de Sareseyni sont reconnaissants des infrastructures réalisées. La salle de lecture est multifonctionnelle: jeunes et adultes, hommes et femmes l’utilisent.
Voici un aperçu des investissements réalisés depuis 2012: la guerre au Mali. Fin 2013: hangar durable (les 3 petits hangars locaux avaient été détruits par les termites), en 2014: nouveau puits, réparation des latrines ravagées par les termites. Début 2015: achat de 4 tables et 6 bancs, écran plat et parabole, nouvelles lampes et un deuxième panneau solaire. En janvier 2015, les villageois ont regardé les matchs de la CAN (Coupe d’Afrique Noire) et les enfants des dessins animés. Les adultes viennent voir Al Jazeera et France 24 le soir. Les jeunes adultes préfèrent les films. Les animateurs coordonnent ces activités. Photos 02/2014 sur le site www.scholeninmali.org

Communication avec les animateurs et insécurité en brousse
Nous communiquons via facebook, des textos, un mail mensuel avec rapport d’activités et nouvelles du village et des coups de fil .Après les attentats en France en janvier 2015 et ceux du Mali à Nampala et Tenenkou, Gueladio a changé son profil sur facebook: ‘je suis Charlie’ puis, ‘Je suis Tenenkou’. A Bamako, des manifestations anti Charlie aveient eu lieu. Lui-même vient de Tenenkou et connaît des victimes des attentats. Les réactions lues sur son facebook étaient menaçantes. Je craignais pour sa sécurité et lui ai alors demandé de rechanger son profil. Le comité de gestion et moi même nous craignons que des bandits saccagent le terrain. Le climat d’insécurité est réel à l’heure actuelle, en brousse aussi. Le 15 avril des brigands ont volé des panneaux solaires dans le village. Les voleurs d’animaux profitent de l’instabilité politique, ils laissent les têtes des moutons ou des boeufs en brousse. Les villageois ont organisé une milice qui ‘patrouille’ entre minuit et 4.30h avec quelques fusils de chasse et des bâtons. Hélas les attaques/attentats continuent au centre du Mali, pas seulement du côté de Mopti mais aussi vers Segou. Le côté positif de facebook, c’est la rapidité de contact. Un exemple: ‘les meubles sont prêts, organise le transport en pinasse’. Regardez le résultat sur les photos du site.

Négociations à Alger avec les mouvements armés et le gouvernement
En 2012, Ansar Dine et Mujao représentaient les groupements djihadistes qui occupaient le Nord du Mali. L’opération Serval a arrêté l’avancée des djihadistes à Konna en janvier 2013. L’opération Barkhane concerne plusieurs pays pour lutter contre le terrorisme au Sahel. Depuis 2012, les mouvements armés se sont multipliés, divergent sans cesse et s’entredéchirent: la CMA (Coordination des Mouvemenst de l’Azawad) réunit les séparatistes et rebelles d’une part et les unionistes et loyalistes restent fidèles au gouvernement de Bamako d’autre part. Cette liste des groupements représentés à Alger en février 2015 donne une idée de la complexité.

CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad): séparatistes er rebelles
MNLA Mouvement national de libération de l’Azawad
HCUA Haut Conseil pour l’Unité d’Azawad
MAA Mouvement Arabe Azawad (dissident)
Plateforme progouvernementale
MAA Mouvement Aarabe de l’Azawad
CPA Coordination pour le peuple de l’Azawad
CM – FPR Coordination des mouvements et Fronts patriotiques de résistance
GATIA Groupe d’auto défense Touareg Imghad et Alliés

Aboutir à des accords de paix lors des pourparlers d’ Alger est donc un véritable défi pour le ministre algérien des Affaires Etrangères. L’équipe de médiation avait démarré à Ouagadougou et comprenait des représentants de l’ Algérie, de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), de l’UA (Union Africaine), de L’Union Européenne, de l’ONU. Je ne donnerai pas de détails ici. Je le fais avec un power point pendant mes conférences sur le Mali. Je me bornerai à citer quelques faits et tenterai une analyse. La réalité m’a fait perdre une fois de plus mon optimisme: 30 attentats entre le 9 décembre et le 9 janvier contre la Minusma (mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation), les FAMA (Forces armées du Mali), des civils et du personnel humanitaire. Les rebelles continuent d’attaquer les groupes attachés à l’intégrité territoriale du Mali comme le GATIA et Gandakoye (milices). Les leaders libérés de la prison de Bamako le 9 décembre ont efficacement stimulé leurs ‘katibas’ (cellules). Les attentats n’ont plus lieu seulement dans le Nord, mais aussi à Bamako, dans le centre du côté de Segou et de Mopti. Comme dans tous les pays en conflit, le banditisme prend de l’ampleur. Vol de motos, de téléphones et de bétail. L’égorgement des personnes se rendant à un mariage près de Niafunke est une preuve que le modèle de violence est contagieux.
Tous les éléments d’une guerre civile restent présents. Puis-je espérer retourner au mali l’hiver prochain? Inschallah! Seuls les mouvements favorables à Bamako ont ‘paraphé’ le document de proposition d’accords de paix. Il est difficile d’envisager la stabilité en Afrique de l’Ouest et dans le Maghreb sachant que Boko Haram a déclaré son soutien à l’Etat Islamiste. Une bonne nouvelle pour terminer: Sjaak Rijke, otage de Ansar Dine est libre depuis le 6 avril 2015.

Françoise Haeck 19 avril 2015

Nouvelles Décembre 2014

Décembre est un mois très agité. C’est pour moi le moment de vous remercier et de faire le bilan de l’année 2014 pour le projet au Mali. Je vous remercie chaleureusement de suivre l’évolution du village Sareseyni et vous souhaite une bonne et heureuse année 2015.

Nouvelles du Mali
Dans la lettre 16 en avril 2014 (sur le site) j’ai présenté mon séjour de janvier et février. Je me suis réjouie de la vitalité des villageois et des activités sur le terrain communal Suudu Peeral. Le changement était visible. Le peu d’enfants scolarisés (172 à la rentrée le premier octobre) et la pauvreté alarmante restent les points négatifs, mais cela est valable pour tout le Mali depuis deux ans. Le nouveau puits à grand diamètre donne ‘une eau limpide’. Espérons quil ne tarira pas! Les réunions associatives des villageois ont lieu dans la salle et/ou sous le hangar. Les animateurs Gueladio et Moctar encadrent les jeunes à merveille. 900 enfants scolarisés et non scolarisés fréquentent la salle chaque mois. Leur rapport mensuel donne des détails sur ce qui se passe au village et au terrain. Ils méritent toutes nos félicitations! Le village avance lentement mais sûrement dans la phase de reprise du projet. Un comité de surveillance et de gestion s’occupe de l’entretien du terrain et a de bons contacts avec les animateurs. De nouvelles tables et chaises seraient les bienvenues pour les cours d’alphabétisation et les devoirs des élèves. Il est difficile de lire le soir dans la salle même avec le deuxième panneau installé en février 2014. Le budget réparations et puits était épuisé. De nouveaux tubes néon et un ou deux panneaux supplémenataires seraient indispensables dans la salle de 14 mètres. Alfabetisation: Douze villageois ont particpé à la formation d’alphabétiseurs. Six hommes, six femmes.Les formateurs: Khadidja Touré (ONG Action Mopti) et Madame Tamboura, femme du chef. Nous avons deux tables, elles sont pour les formateurs. Les apprenants sont assis sur les bancs en face des formateurs. Ceci limite l’interaction et la possibilité d’écrire.

Début 2014, j’étais optimiste: négociations entamées avec le MNLA, sécurité dans la zone de Mopti. J’envisageais mème de revenir avec des bénévoles! Hélas, il n’y a pas de quoi se réjouir au sujet de la situation générale: les négociations MNLA piétinent, les groupes qui y participent sont ‘caméléons’ (certains ont participé à l’oppression des populations du Nord et appliqué la charia), les soldats de la Minusma ne sont pas payés, Boko Haram continue ses actions. Les liens entre IS et Aqmi (El Qaida au Maghreb islamique) sont évidents. La vidéo du 17 novembre où Serge Lazarevic (Français) et Sjaak Rijke (Néerlandais), tous deux enlevés en novembre 2011, font appel à l’aide de leur gouvernement, fait frémir. Scénario identique à celui qui a précédé une décapitation. Ajoutons la corruption à tous les niveaux (l’avion privé de IBK) et l’insécurité dans le Nord malgré les actes courageux de la Minusma et des FAA (forces armées maliennes) et de l’opération Barkhane qui a pour mission de lutter contre le terrorisme au Sahel. Complétons les mauvaises nouvelles: six cas d’Ebola, une mauvaise saison des pluies qui entraînent des récoltes insuffisantes et la famine. Je cite un courriel de Moctar au sujet des pluies faibles: ‘Sareseyni est le plus grand fournisseur de lait à Mopti. Les éleveurs sont inquiets sur le pâturage parce que les plaines d’inondation n’auront pas suffisamment d’eau suite à la faible décrue’. Pourquoi le destin s’acharne t’il au Mali? Le Mali a presque disparu des media: conflits en Côte d’Ivoire, au Burkina, une Europe qui ne se remet pas de la crise, conflits en Ukraine, au Moyen-Orient et j’en passe…

Un rappel: Mali se trouve au 182 ième rang (de 187 pays) pour IDH (Index de Développement humain) calculé par le PNUD (Programme de développement des Nations Unies). Cet index se base sur les données concernant l’éducation, la santé et les revenus. Les Pays-Bas se trouvent au quatrième rang, la France au vingtième.

Nouvelles des Pays-Bas
‘Mini exposition d’objets’ du Mali le 11 mai à Amsterdam
Bénéfice de € 800 avec la vente des objets rapportés du Mali en février: poissons Bozo, cavaliers Dogon, Bozo et Bambara , boîtes Touareg (photos des objets dans la lettre 16). Merci aux 60 visiteurs de ‘Portes ouvertes’ chez moi qui ont assisté à la présentation de quelques objets rituels et écouté le Conte Peul ‘Pullo e Nagge: le Peul et la vache’, recueilli par Amadou Hampate Bâ : défenseur de la tradition orale.
Fête 24 augustus 2015 à Amsterdam
Mon coup de coeur pour Sareseyni date de 2005. Un pinassier m’a emmenée dans ce village Peul. Un mini-Djenné, des ruelles étroites, des maisons en pisé, un local en banco avec une dizaine d’enfants et un instituteur enthousiaste. Que de changements depuis! La fête sera l’occasion de remercier donateurs et sponsors et de présenter la continuité du projet avec la prise en charge par les villageois. Une invitation suivra en temps voulu.
Décès de Martien de Vries
Martien a quitté ce monde soudainement en août. Il apportait son soutien pour la comptabilité et faisait le bilan financier annuel de l’association. Nous présentons nos condoléances à Marike, Yelle et Froukje. Un comptable en retraite accepterait-il de prendre la relève? Il serait le bienvenu.
Conférences
15 janvier : Le Mali, crise et conséquences, Nijmegen, 20u, Café Zaal Groenewoud, Groesbeekseweg 227. € 5 pour ceux qui ne sont pas membres de l’Alliance Française. Conférence en français..
En janvier, ‘Aspects culturels du Mali’: Présentation pour un groupe de Soop à Amsterdam.
C’est bien volontiers que je donne des présentations à des groupes divers: école, association, groupe privé… Vous pouvez me contacter si vous êtes intéressés.
Kermesse Francophone Big Bazar 30 novembre
Le bénéfice de la kermesse est destiné à des projets humanitaires sélectionnés. Le nouveau puits a été financé par la kermesse en 2014
Remerciements
Les activités sur le terrain communal peuvent fonctionnent grâce à vous. Je vous adresse mes sincères remerciements: réseau d’amis et de bénévoles fidèles au ‘Journées du Mali’, Souad et Marike du conseil d’administration pour leur aide, donateurs et organisations qui nous soutiennent: la boutique d’objets recyclés de Noord Holland, la Fondation Ruuscher, la Kermesse Francophone. Chaque donation va directement au village. Les membres du conseil sont bénévoles et ne reçoivent aucun salaire.

Je vous souhaite une bonne année 2015, une bonne santé, une année remplie de bonheurs paisibles et joyeux et une année riche en nouvelles découvertes.

Françoise Haeck, Présidente
Stichting Scholen in Mali Association Ecole au Mali
www.scholeninmali.org
Cliquez sur drapeau Français en haut, à droite de la page d’accueil

Compte bancaire de l’association : Stichting Scholen in Mali
IBAN NL15 INGB 0005 1603 44 BIC INGBNL2A

Si vous ne désirez plus recevoir les informations de l’association, je vous prie de me le faire savoir.

Blog 3 – La vie au village: villageois, enfants, enseignement

DSC04721Une semaine à la salle de lecture
Quand je suis au village, je passe beaucoup de temps dans la salle de lecture au terrain Suudu Peeral avec les animateurs Gueladio et Moctar. Ranger, trier, classer le matériel éducatif et les livres, préparer les animations avec les animateurs comme les activités dans la cour, jeux à caractère sportif et activités calmes sous le hangar (puzzles, play mobil, dominos…). La nettoyage de la cour a lieu une fois par semaine avec l’aide des enfants. La cour n’a jamais été aussi propre. Cela m’a frappée dès mon arrivée au clair de lune le premier soir.
Chaque matin et chaque après-midi une cinquantaine d’enfants se pressent autour de Gueladio. Il accueille les enfants qui ne sont pas scolarisés 20 heures par semaine, deux fois par jour. Son rôle est d’organiser les activités, guider et encourager les enfants. C’est un plaisir de voir comme ils se concentrent pour bâtir une maison avec des blocs en bois, y mettre des personnages Play Mobil, construire une voie ferrée, observer les morceaux d’ un nouveau puzzle de 30 morceaux, feuilleter les livres, regarder les images, faire des animaux en terre. Gueladio leur raconte des histoires en langue locale Fufulbe. Ces ‘enfants de la rue’ se trouvent bien ici et sont enthousiastes. Ils viennent après l’école coranique. Mercredi et jeudi après-midi les scolaires retrouvent Moctar. Parfois ils sont plus de 150. A nous trois, on a beaucoup à faire pour assurer les activités dans un minimum d’harmonie. Pendant le week-end les collégiens viennent étudier. L’ambiance est plus calme. Le vendredi et le samedi Dicore et Bagnon les deux anciens animateurs villageois encadrent les enfants scolaires et non-scolaires. Grâce au hangar construit en octobre 2013 et à la salle de lecture, on peut accueillir plusieurs groupes à la fois. C’est un énorme avantage. Il règne dans la cour une ambiance joyeuse et animée

Espace de vie personnel et rythme quotidien
Comme tous les ‘toubabs'(blancs) en Afrique, je ressens le besoin de me retirer et de me reposer loin de l’agitation de la cour. Ceci n’est pas facile, dès le matin, des villageois viennent saluer ‘Walidjan?’ ‘As-tu bien dormi|?’ Ils regardent ce que ce que nous faisons, entament une conversation. Un mélange de curiosité et de retenue de la part de certains, d’autres n’hésitent pas à essayer les jeux, feuilleter des livres ou faire des commentaires sur la décoration de la salle. Des villageois passent régulièrement pour regarder els photos exposées. Pendant la sieste, même avec mes boules Quies, il m’est impossible de ne pas entendre les cris des enfants qui appellent. Comment leur expliquer: revenez plus tard à 3 heures, je veux me reposer… Accrocher un foulard vert signifie vous êtes bienvenus. Un foulard rouge signifie: revenez plus tard. Cela ne fonctionne pas toujours de façon efficace. A 13h sieste et à 21h je vais dormir dans la maison en banco (pisé). Le soir, je suis épuisée après avoir discuté avec les animateurs sur le déroulement des activités et donné des idées pour le lendemain. Je m’endors avec la mélodie des Talibés (élèves des écoles coraniques) qui prient et le beuglement des vaches. Lever à 5h, j’aime ces bruits matinaux qui me sont familiers: les prières récitées par les Talibés et les vaches qui meuglent et piétinent le sol en allant boire au fleuve.

Les ‘grandes familles’
Rendre visite aux familles est une partie importante de mes activités quotidiennes. Gueladio m’accompagne, me présente. Je connais maintenant beaucoup mieux les trois grandes familles de Sareseyni: les Diallo 1, les Diallo 2 et les Bary.
Dans chaque cour règne une vie intense: des animaux attachés (ânes, veaux), des moutons libres, des enfants en bas âge qui se traînent à quatre pattes, des grands qui jouent ou balaient, des femmes qui cuisinent, des vieux installés à l’ombre. A chaque porte, il me faut saluer une cousine, une ‘grande’ sœur, une tante, une grand-mère. Il y a parfois plus de vingt cases dans chaque cour dont un entrepôt spécial pour le riz, le mil, les haricots niebe. J’ai vu seulement chez deux familles une armoire géante avec sur chaque planche des marmites, comme celles du ‘marabout’, directeur d’e la plus grande école coranique, avec un nombre impressionnant de casseroles, calebasses et marmites. Tout le monde est assis sur des nattes. Les hommes souvent à part. Cette découverte est révélatrice: ces familles Peul aiment montrer leurs objets ménagers quand ils en ont. Pourtant, les Peul en général vivent simplement et sobrement et leur troupeau occupe toutes leurs pensées et remplit leurs journées. Grâce aux vêtements des femmes, on peut savoir si la famille se porte bien ‘économiquement’ ou non. Un ‘bazin’ (damas) coûte € 50 minimum. La confection d’un costume en bazin comprend plusieurs phases: achat du damas blanc, teinture faite par une femme, choix du modèle chez le tailleur, choix de la broderie chez le brodeur (souvent le tailleur). Ces habits en bazin (riche, premier choix ou deuxième choix ) sont inusables. J’ai moi-même des bazins de plus de quarante ans. Un Comatex pagne industriel de la Compagnie malienne des textiles est bien meilleur marché mais se déchire vite. Dans le village, presque toutes les femmes portent des Comatex achetés au magasin Comatex à Mopti.
Les bazins , les boucles d’oreilles en or ne sont portées que pour les grandes occasions comme les mariages. Hélas, beaucoup de femmes Peul ont dû vendre leurs boucles d’oreille pour survivre après les sécheresses répétitives, à peu près tous les dix ans. D’après mes informations, seules dix femmes ont pu les conserver.
Une visite au chef du village s’impose. C’est un Rimahibe, l’ancien groupe des ‘captifs’ des Peul. Il est allongé sur sa natte, malade. Les Peul ont refusé d’envoyer leurs enfants à l’école coloniale de Segou. Ils y envoyaient leurs esclaves, les Rimahibe, qui se débrouillent maintenant mieux en Français grâce à la formation des fonctionnaires. Dans une pièce à côté de l’entrée où repose le chef sont entassés des sacs de riz. Il y en aura assez jusqu’à la récolte de décembre. La période de soudure arrive et il faut tenir jusque là. Non loin de là, se trouve la cour de son fils, dit ‘l’Espagnol’ parce qu’il a migré en Espagne, où trône une énorme télévision. Chez lui, la cour se remplit le soir pour voir un film ou le journal télévisé.

Les Peul et l’enseignement
Combien d’habitants? Combien de Peuls sont encore vraiment nomades? Combien d’enfants sont inscrits à l’école? Ce sont des questions posées par une ‘toubabou’, des questions ‘occidentales’.
Malgré le recensement, il reste difficile de savoir combien de personnes habitent à Sareseyni.. Beaucoup ‘d’étrangers’ : travailleurs saisonniers, Talibés, propriétaires ou non d’une parcelle de riz dans les périmètres irrigués qui sont venus habiter au village. La plupart des saisonniers sont des Burkinabés. Ils vivent dans une hutte qui tient plutôt du bidonville. Un abri monté sur une bâche en plastique avec un toit végétal. Ils viennent travailler dans les périmètres irrigués pour le compte d’un propriétaire Peul. Certains propriétaires viennent de Mopti ou de villages des environs. Eux, ils construisent une maison en banco et s’installent au village. La vie est ici moins chère qu’en ville.
Des Talibés viennent étudier pendant plusieurs années: les écoles coraniques du village sont renommées. N’oubliez pas que le village a été fondé par un saint et est un lieu de pèlerinage. Autour de la mosquée, vous pouvez assister entre 17h et 18h à à la récitation collective des versets du Coran par les Talibés. Les jeunes filels vendent des patates douces frites.
Alors combien d’habitants ici? Impossible de savoir malgré le recensement. Beaucoup de nomades vont et viennent. Ils disparaissent en juin, reviennent en décembre. Beaucoup se sédentarisent pour faciliter la fréquentation scolaire des enfants. Les enseignants se plaignent de l’absentéisme, des horaires scolaires non respectés. Les enfants doivent d’abord donner à boire aux veaux, remplir des tâches ménagères, chercher l’eau, et cuire la bouillie de mil. Ils arrivent vers 10h au lieu de 8.30 à l’école. Ce phénomène est connu dans les villages Peul. Le Directeur du CAP (Centre d’activités pédagogiques, instance comparable à l’Inspection académique) se plaint de cette situation car l’enseignement est obligatoire. Certains enfants partent avec les parents en transhumance ne fréquentent l’école que 5 mois par an. Le niveau scolaire baisse, les résultats sont décourageants. Le contexte Peul ne stimule pas les instituteurs à rester dans un village Peul en brousse. L’Harmattan souffle trop fort? Pas d’école, trop de vent et de poussière. Quelque chose à régler à Mopti? Pas de problème, on prend la pinasse (bateau) à Bignanville, 5km de Sareseyni, ou on part en moto à Bignanville. Tout cela avec l’ autorisation du directeur qui est très compréhensif. Parfois à 9h je trouve des enfants sans instituteur dans la classe. Parfosi je trouve un instituteur avec ses écouteurs ou un énorme casque tout ‘en faisant l’école’. Il faut bien écouter RFI (Radio France Internationale).

Enseignement au Mali
Le gouvernement a un projet de lutter contre l’analphabétisme d’ici 2015. Chaque malien doit pouvoir lire, écrire, compter dans sa langue vernaculaire d’ici 2015. La guerre va ralentir ce défi, je le crains. Le matériel didactique existe en 12 langues. L’alphabétisation n’a lieu que pendant la saison chaude, la période de soudure en avril, mai et juin de façon intensive, 4 heures chaque jour! Avec la chaleur, il est difficile de se concentrer si longtemps. Avant ou après, il y a des travaux champêtres ou des briques en banco à faire. L’association a soutenu financièrement les cours d’alphabétisation pendant deux ans. Maintenant le gouvernement paie les alphabétiseurs.
Dans l’enseignement primaire, la première année se passe à 100 % en langue locale, la deuxième année à 25 % en langue locale et à 75 % en Français. C’est seulement en troisième année que l’enseignement est à 100 % en Français. Les conséquences sont terribles. Le Mali est le pays francophone où le niveau baisse, le niveau du baccalauréat aussi. Le Mali fait partie des pays francophones où la langue diplomatique reste le Français.
Voici un exemple concret dans le village. Il y a plus d’enfants non-scolarisés qui fréquentent la salle de lecture que de scolarisés. Les activités se passent en langue locale. Je fais un texte en Fufulbe avec l’aide des animateurs pour les chansons. On chante en Français et en Fufulbe. J’ai pratiqué cette méthode en Chine et aux Pays-Bas. Les résultats sont spectaculaires. Les enfants du monde entier adorent les chansons à gestes.

Blog 2 – Qu’est-ce qu’on mange à Sareseyni?

Promenade matinale
A 6 heures du matin, je vais chercher les beignets. Je marche devant la case de passage des Talibés (élèves d’écoles coraniques) qui récitent le Coran autour d’un feu, bien emmitouflés car il fait frais le matin: ils ont un capuchon, une écharpe ou un ‘chèche’. Il arrive souvent que des pèlerins passent quelques nuits au village dans cette case d’accueil près du terrain villageois. Sareseyni a en effet été fondé par un Saint. On vient ici chercher des bénédictions. Il y a en tout sept Ecoles coraniques au village. Elles ont beaucoup de succès et ont même plus d’élèves que l’école publique. Je salue les Talibés: shalom malikum, la main sur le coeur. Ils répondent à mon salut par un hochement de tête et un sourire.

La case aux beignets
Cent mètres plus loin, j’arrive dans une cour où Kadidja fait les beignets dans une case sombre . je lui ai donné 1000 cfa le premier jour (€ 1.50) pour une commande de huit beignets chaque jour. Quatre beignets coûtent 0.50 cfa. Après les salutaions du matin: ‘Walidjan’ ‘As-tu bien dormi?’ , je m’accroupis à côté du foyer traditionnel: un feu de bois sur trois pierres pour me réchauffer les mains. Quand il y a déjà des beignets , je peux me servir. Sinon, je dois attendre patiemment dans la case chaude et enfumée. Je compte les beignets en Fufulbe (la langue de Peul) jusque huit. Je ne reviens jamais avec la même quantité. Parfois, elle m’en donne 4, 6 ou 12. Nous recomptons ensemble et cela finit toujours par un éclat de rire. Quand j’arrive trop tard, ils sont tous vendus.

Petit-déjeuner
Ces beignets à base de farine de mil sont délicieux avec du miel de Segou et du thé Lipton avec du citron. J’adore le calme du matin dans la cour à l’ombre du neem que j’ai planté en novembre 2011. Un petit-déjeuner avec RFI, c’est un moment tranquille. Il faut en profiter. Le calme ne dure pas longtemps. Il y a toujours des villageois qui viennent saluer, les Présidents, les voisins. Plus tard vers 9h30 les enfants envahissent la cour et la salle de lecture.

Soucis quotidiens: l’eau et manger
Pendant mon dernier séjour, j’ai eu beaucoup moins de soucis matériels. Moctar allait chercher deux seaux à 500 mètres au puits du nouveau centre de santé. Le puits de la cour était sec depuis février.
Il y a deux ans, j’allais chercher l’eau avec une brouette à 1 km au puits à grand diamètre creusé par une ONG belge. Moins de fatigue physique, c’est appréciable. Des pilules dans chaque seau, trois heures plus tard, on peut utiliser l’eau pour le thé, la cuisine et ma toilette.

Je pouvais partager le repas de Gundo, instituteur. Les parents apportent à tour de rôle chaque jour les repas aux instituteurs. ‘Tô’ est la nourriture de base des pauvres. C’est une sorte de polenta à base de mil. Comment ça se mange? C’est facile. Vous faites une boulette avec la main et vous trempez la boulette dans la sauce. Sauce aux feuilles de baobabs, sauce aux épinards sauvages, sauce au gombo (qui ressemble à de la morve mais a un goût délicieux), enfin ma sauce favorite aux tomates et aux oignons. Parfois, le tô est remplacé par le riz chez les familles qui ont des rizières. La Banque mondiale a financé 40 hectares de périmètres irrigués en 2010. Le résultat est spectaculaire. Des réserves de riz dans les maisons des familles qui possèdent une parcelle et un paysage vert de septembre à décembre. Un peu de poisson améliore la sauce mais ce n’est pas courant. Une variante du tô est le riz au gras avec de l’huile de karité. trois bouchées me suffisent. Le ‘djordi’ de Moctar: riz aux oignons avec de l’huile d’arachide est mon plat préféré. Pendant les repas, petit-déjeuner, repas du midi et du soir, les Talibés rentrent dans la cour, leur petit seau à la main, tout en chantant. Moctar leur donne systématiquement les restes. Chacun remplit son récipient. Il arrive qu’ils mangent sur place, accroupis autour de la cuvette, se léchant avec plaisir les doigts. Tiens, ils n’attendent pas de rentrer chez le marabout (maître de l’école coranique) qui en principe doit partager équitablement ce que chacun a rapporté.

On ne mange de la viande que lors des fêtes religieuses. Quatre fois par an, chaque famille tue un mouton. Pour des funérailles ou un mariage, on peut tuer un boeuf quand on a un grand troupeau. Depuis 2006, j’ai eu l’occasion de partager ces festins: tripes, foie de mouton ou de chèvre. Il faut tout manger le même jour car il est impossible de conserver la viande. La viande reste un luxe! En février , la mère de Gueladio a donné un poulet. Il fallait le tuer, le préparer. Ouma la matrone (sage-femme) l’a fait. Quel festin et quelle bonne sauce pour nous quatre: Gueladio, Moctar les animateurs, Ouma et moi. Cela n’a rien de malien de manger un poulet à quatre. Il y a deux ans, le père d’Ouma avait donné un poulet à la famille où je campais. ‘Pour la toubabou’ a t’il dit. Je logeais alors chez Abdou Kasse, le président de la coopérative Lekel. Sa femme disposait les morceaux dans deux cuvettes sur le riz. Beaucoup dans la cuvette pour les hommes et les garçons, un peu pour les femmes, les filles et les jeunes enfants. Nous étions dix autour de la deuxième cuvette. Ouma distribuait les petits morceaux. La petite de un an réclamait les larmes aux yeux davantage. Un moment inoubliable.

Des surprises de Mopti
Amadou Diallo, Président CGS (Conseil de gestion de l’école), était très occupé avec la transhumance. En tant que chef suprême de la transhumance il allait chaque jour à Mopti pour organiser la traversée du Niger (voir article Yaaral dans rubrique Nouvelles). Il revenait avec des lokos (patates douces frites) ou de la friture de poisson enveloppés dans du papier journal. Je n’ai presque pas fait la cuisine. Seulement de temps en temps, pendant le weekend une salade de macaroni avec des concombres, des oignons et une boîte de thon ou une ratatouille (avec des légumes achetés à Mopti) ou une omelette. Les animateurs ou les visiteurs n’appréciaient pas tous mes recettes: nourriture de toubab (pour les blancs).

Le mot de la fin
D’un point de vue occidental, la nourriture au village est peu variée mais on peut tout à fait survivre. On mange moins quand il fait chaud mais on boit beaucoup. Une bière tiède rapportée de Mopti se boit bien dans la cour après l’agitation d’une journée avec 150 enfants. Avec un tel menu quotidien et la chaleur, pas étonnant de perdre rapidement des kilos superflus. J’ai toujours du mal à mon retour quand je vais au supermarché. Quelle abondance de produits alimentaires! Si j’écris tous ces détails, c’est pour donner beaucoup d’information aux personnes qui se posent la question: je tiendrai le coup ou non…

Blog 1 – Arrivée au Mali (fevrier 2014)

125 kilos de bagages! Un jeu d’enfants. Depuis 2011, j’ai tant de matériel éducatif dans ma cave que je dois sélectionner ce que je vais emporter. Jeroen m’avait aidé au Kringloop en septembre 2011 et n’avait pas pu venir faire son stage au village situé dans la zone rouge. L’Université de Leiden lui a interdit. Livres de Biblionef pas encore partis, jeux de société, matériel sportif… je tasse les housses et enveloppe les catégories de sacs en tissu ou plastic pour les protéger.
Je vais dans le Limburg déposer un sac chez Anneke. Je le récupèrerai à Segou au Festival. A Schiphol avec Khoi, je repèse les sacs. Deux dictionnaires en plus, jeux de construction en plus? L’employée nous voyant refaire les sacs me demande si c’est pour une association. Oui, alors pas de problèmes. Ouf! 50 personnes dans un avion de 171 places. Royal Air Maroc va faire faillite. Mon voisin Malien est peul. Il voulait faire l’aventure en France. Il travaille dans un super marché dans la région parisienne et veut rentrer pour investir dans le tourisme…. Un hôtel. Est-ce bien le moment?

Je veux dormir dans l’avion en prévision du voyage de 250 km à venir de Bamako à Segou le lendemain. Arrivée à Bamako: un porteur sans badge règle tout jusqu’au taxi qui m’attend comme prévu. Pas de soucis, j’ai gardé des billets CFA pour les pourboires. La guesthouse du Patio a connu de meilleurs temps. Il me reste deux heures pour dormir. Un autre taxi m’emmène le lendemain à 5h à la gare routière. Petit-déjeuner local: café au lait et 30 cm de baguette. J’adore quand le vendeur tourne infiniment la cuillère de lait condensé sucré (marque hollandaise avec une belle vache noire et blanche sur la boîte). Le temps d’acheter de l’eau, une carte de téléphone et d’enregistrer les bagages et on part. Remarquable! Arrivée à Segou à midi où Baba, l’antiquaire m’attend. Je dors avec des boules Quies deux nuits dans une petite chambre dans une cour. Je récupère le sac à l’Hôtel Esplanade. Anneke a son guide Touareg privé. Elle l’a connu en voyage avec moi. Elle apporte un soutien financier à la famille du guide. Je veux sentir l’ambiance après deux ans de conflit, après les ‘évènements’ comme on dit pudiquement ici. Le quai des arts est rempli de Touaregs qui me racontent comment ils ont fui le Nord. Une promenade avec Marja, Renée et Pieter le long du Niger est bienvenue. Que de beaux jardins! Je veux emporter dans ma mémoire et mon odorat les couleurs et les senteurs, Plus au Nord, cela va me manquer. Basilic, poivrons, courgettes, haricots verts… Les salutations en bambara avec les jardiniers n’en finissent pas. Plus tard, sur le Quai des Arts, je retrouve Florence qui s’occupe d’un projet dans le Sahel. On dîne avec un Japonais qui est venu acheter de l’artisanat. J’étouffe au Quai des Arts. Tous les guides et vendeurs de souvenirs me demandent: Où sont tes touristes? Y a pas de touristes, je vais au village. Les guides veulent se vendre, les Touaregs de Tombouctou sont tous là et veulent me vendre leur artisanat. Plus tard, plus tard… Musique le soir: Salif Keita, Rokia Traore et beaucoup d’autres. Peu de blancs. Je quitte tôt le dimanche pour Mopti. Les 450 km me semblent interminables. A San une femme me reconnaît. Elle vendait les calebasses décorées au restaurant qui a fermé. Elle a ouvert une boutique à la gare routière: eau minérale, boîtes de sardines… Bon, ça peut toujours servir, au village, il n’y a rien. Enfin voici Mopti à 18h30, les animateurs Moctar et Gueladio m’attendent. Les garçons organisent tout, quel plaisir de se faire aider! Les housses rouges dans une charrette et en route vers la mission. Moctar sérieux comme d’habitude me parle de ses jardins, du puits tari. Je fais connaissance avec Gueladio qui a commencé en octobre 2013. On attend une pinasse du village. C’est la pleine lune. Que c’est facile d’escalader la rive si haute quand le Niger baisse! Et surprise, je découvre la cour propre et les planches d’oignons de Moctar. Le soir, je dors entre un mur inachevé dans la maison et un tas de sacs de ciment destinés à la construction du centre de santé. Une couleuvre à avaler! Je n’ai pas laissé la maison dans cet état en février 2012. Que s’est-il passé? On verra demain… Mais je pense à ce qu’il faut faire pour redonner à la chambre son état initial. Où sont passées mes affaires? Une valise, des sacs avec le minimum pour survivre ici, un balai, un miroir. Je suis vraiment une toubabou pour me faire du souci à ce sujet!